Le blog de Sylvie Andrieux

Députée des Bouches-du-Rhône

Réforme des collectivités : la parité à la trappe

Inscrire le principe dans le préambule de la Constitution française a été pour les femmes un acte fondateur qui leur a définitivement, du moins le croyaient elles, ouvert un égal accès aux fonctions électives. La parité est entrée dans la loi et nous pensions ne jamais devoir y revenir, tant le chemin avait été long et ardu.

Il semblerait que nous soyons trompées.

L’exigence de la parité n’est ni une lubie, ni un gadget : elle est le seul moyen de mettre fin au sexisme ordinaire, à la ségrégation durable qui tenait les femmes consciencieusement à l’écart de tous mandats électifs. Les femmes constituent la moitié du genre humain, pas plus que les hommes elles ne constituent une communauté. Or, nos représentants politiques sont sélectionnés dans la moitié de la population seulement : 81,5 % de députés, 86,7 % de conseillers généraux sont des hommes.

Il est une méthode pour permettre le respect du principe constitutionnel de parité : le scrutin de liste. C’est ainsi que la France peut s’enorgueillir de 47,6 % de conseillères régionales ou 43,6 % de députées européennes.

Par sa réforme des collectivités territoriales le gouvernement et Brice Hortefeux en particulier souhaite fondre en un seul mandat territorial les conseillers régionaux et généraux. 80 % de ces futurs conseillers territoriaux seraient désormais élus au scrutin uninominal à un seul tour.

Une projection toute simple permet d’ores et déjà d’estimer qu’en 2014 date à laquelle cette réforme pourrait prendre effet, les femmes perdraient 58 % des sièges qu’elles détiennent dans les conseils généraux et régionaux.

Avec l’élection de 80 % des conseillers territoriaux au scrutin uninominal à un tour et des 20 % restant à la proportionnelle, la parité passe à la trappe. N’imposer la parité que pour 20 % des conseillers territoriaux c’est réduire la place des femmes à la portion congrue.

Ce retour à un ordre ou un désordre ancien est un coup bas fait aux femmes, indigne d’une société moderne, désireuse de s’inscrire dans l’avenir. L’égalité des femmes et des hommes devant l’élection doit en être l’un des fondements et tout recul est inacceptable.

Nous devons avancer encore, construire ensemble pour les générations futures une société équilibrée, un avenir partagé fondé sur le respect de ces deux parts inséparables de l’humanité que sont les femmes et les hommes.

C’est notre devoir d’humain, d’hommes et de femmes libres, que de refuser, hier, aujourd’hui et demain, une citoyenneté pour les femmes amoindrie, amputée et indigne.

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