Le blog de Sylvie Andrieux

Députée des Bouches-du-Rhône

Enseignement supérieur et de la recherche : une situation catastrophique !

La mobilisation des universités contre la loi sur l’autonomie et la privatisation de l’enseignement (LRU) ne fléchit pas. Les universités marseillaises en sont à leur quatrième semaine de grève. La situation risque de devenir catastrophique. C’est pourquoi j’ai décidé d’interpeler la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche Valérie Pécresse en déposant une question écrite qui fait état des conséquences qu’entraînerait l’application de cette loi.
Retrouvez l’intégralité de mon intervention:

Sylvie Andrieux, Députée des Bouches du Rhône attire l’attention de Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche sur la situation de l’enseignement supérieur et de la recherche. La situation actuelle de l’enseignement supérieur et de la recherche est aujourd’hui catastrophique.

Cette situation a été déclenchée par la mise en application de la loi relative aux Libertés et aux Responsabilités des Universités (LRU) votée en août 2007, en dépit d’une vive contestation de la communauté universitaire. Le but affiché de cette loi est de permettre l’émergence de quelques universités de rang mondial par leur mise en concurrence. cette réforme s’inscrit plus généralement dans la stratégie de Lisbonne impulsée en 2000 par la communauté européenne visant à construire une « économie de la connaissance » via l’espace européen de recherche, prévoyant une libéralisation des « services d’éducation et de recherches ».

Cependant les racines profondes de ce mouvement ne doivent pas être occultées. Depuis trop longtemps, le service public d’enseignement supérieur et de recherche fonctionne grâce à la bonne volonté et au dévouement de tous ses agents qui gèrent astucieusement et quotidiennement la pénurie de poste et de moyens. Ce service public est chroniquement sous doté, comme l’indique un récent rapport du Sénat.

La LRU concentre les pouvoirs dans les mains des présidents d’établissements devenant de véritables chefs d’entreprise et supprime le rôle décisionnel des instances, représentatives et paritaires existantes.

Le décret d’application, si massivement contesté met en pièce le statut national des enseignants chercheurs et personnels techniques et administratifs. Il fait dépendre leur carrière de décisions locales et fait ainsi peser une lourde menace sur la liberté d’enseigner et de chercher. Ce décret instaure également le principe d’une modulation des services d’enseignement en fonction de la qualité de la recherche. L’arbitraire qui risque de prévaloir dans ces appréciations se double du principe enseignement-punition, entravant le travail de recherche et détériorant la qualité des enseignements.

La LRU s’inscrit plus largement dans une politique visant à établir un nouveau pilotage de la recherche. Le gouvernement programme ainsi la transformation radicale des organismes de recherche, à l’instar du CNRS qui sera privé de sa mission essentielle : le pilotage de la recherche par les chercheurs. En parallèle, l’Agence Nationale pour la Recherche, émanation directe du pouvoir politique, distribue les moyens financiers et définit, de fait, les principaux thèmes de recherche sur des critères principalement financiers ou politiques. Elle le fera d’autant plus facilement que les chercheurs ne disposeront plus de contre pouvoir, et verront leur carrière dépendre d’une adéquation avec les politiques locales. Cette agence voit en outre sa gestion confiée en partie aux représentants du monde industriel qui ne manqueront pas d’orienter les sujets porteurs de rentabilité immédiate au détriment de la recherche fondamentale.

L’avancée du savoir et sa diffusion ne se décrètent pas. Ce sont des domaines qui nécessitent du temps et de la sérénité, sur des échelles bien plus longues que les mandats électoraux. Les réformes du gouvernement ne garantissent ni l’un ni l’autre. La question essentielle de l’augmentation massive des moyens n’est pas abordée. Contrairement à ses déclarations d’intention, le gouvernement prévoit en 2009 la suppression d’un millier de postes dans le supérieur et la recherche.

Elle demande donc à Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche à ce que la concertation qui doit inclure tous les acteurs et usagers du service public d’enseignement supérieur et de recherche aboutisse à une réforme synonyme d’une amélioration des missions de service public.

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